Le 18 octobre n’est pas une date anodine pour le secteur de la propreté. Lancée en 2018 à l’initiative de la FEP (Fédération des Entreprises de Propreté), la Journée Nationale des Métiers de la Propreté — souvent désignée par son acronyme JNMP — a pour objectif de rendre visible une filière qui, par définition, travaille dans l’ombre. Ce jour-là, des centaines d’entreprises, d’agences de formation et de structures d’insertion ouvrent leurs portes pour montrer concrètement ce que font 530 000 salariés chaque matin, avant que le reste du monde ne commence sa journée.
Pour Jean-Pierre et tous les gérants de sociétés de nettoyage professionnel, cette journée dépasse le symbole : elle touche directement à la réputation du secteur, aux difficultés de recrutement, et à la valorisation des savoir-faire de leurs équipes. Voici ce qu’il faut retenir sur cet événement, ce qu’il révèle des réalités du terrain, et pourquoi les professionnels ont intérêt à s’y impliquer.
Niveau : 🟢 Tous niveaux · Secteur : 🧹 Propreté professionnelle · Public : 👷 Professionnels du nettoyage
La JNMP : contexte, histoire et organisation
Une première édition en octobre 2018 à portée nationale
La première Journée Nationale des Métiers de la Propreté s’est tenue le 18 octobre 2018. L’initiative partait d’un constat simple : le secteur de la propreté souffre d’un déficit d’image structurel malgré son poids économique réel. La FEP, qui fédère les principales entreprises françaises du secteur, a coordonné l’événement en mobilisant ses adhérents sur l’ensemble du territoire — de Nantes à Strasbourg, en passant par Lyon et Paris.
Ce jour-là, des agents ont accueilli des collégiens, lycéens et demandeurs d’emploi dans leurs locaux ou sur des chantiers réels. Des démonstrations d’utilisation d’autolaveuses, de monobrosse ou de nettoyage haute pression ont été organisées dans des espaces publics — gares, centres commerciaux, établissements scolaires. À la gare de Nantes, par exemple, une équipe a animé une démonstration en direct devant des voyageurs et des jeunes en recherche d’orientation professionnelle. Ce type d’action concrète change davantage les perceptions qu’une campagne de communication classique.
Le rôle central de la FEP dans la structuration de l’événement
La FEP regroupe plus de 3 000 entreprises adhérentes, du groupe multisites aux TPE locales. Son rôle lors de la JNMP est double : coordonner la logistique nationale (date unique, kit de communication commun, référencement des sites ouverts) et porter le message auprès des institutions — Éducation nationale, Pôle emploi, agences d’intérim spécialisées.
Chaque édition donne lieu à un communiqué de presse diffusé auprès des médias régionaux et nationaux. La FEP publie également des données actualisées sur l’emploi dans le secteur — chiffres de recrutement, taux de sinistralité, évolution des formations disponibles. Ces éléments servent autant à la communication externe qu’à orienter les politiques de branche.
💡 Notre conseil
Si vous gérez une société de nettoyage, même de taille modeste, participez à la JNMP en signalant votre chantier ou vos locaux comme site ouvert auprès de la FEP. L’inscription est gratuite et la visibilité locale peut faciliter vos recrutements sur les mois suivants.
Pourquoi le 18 octobre ?
La date n’est pas arbitraire. Octobre correspond à la rentrée professionnelle dans de nombreuses filières, après les Journées Portes Ouvertes des CFA (centres de formation d’apprentis) de septembre. C’est aussi un mois actif pour les recruteurs : les appels d’offres de fin d’année génèrent des besoins en main-d’œuvre, et les entreprises ont souvent des postes ouverts. Placer la journée de valorisation des métiers à ce moment précis maximise son impact sur les intentions d’embauche et les inscriptions en formation.
⚠️ Les réalités d’un secteur encore trop méconnu
530 000 salariés, un secteur invisible mais structurant
Le secteur de la propreté représente en France environ 530 000 salariés, répartis dans plus de 18 000 entreprises. C’est le quatrième employeur privé du pays. Ces chiffres sont régulièrement cités par la FEP, mais ils restent peu connus du grand public — et parfois même des donneurs d’ordre eux-mêmes.
80 % des salariés du secteur sont des femmes. Les contrats à temps partiel dominent (environ 60 % des contrats), souvent subis plutôt que choisis. Le taux de sinistralité reste supérieur à la moyenne interprofessionnelle, notamment en raison des postures contraignantes et du port de charges. Ces réalités ne sont pas agréables à afficher, mais elles fondent la légitimité de l’action de sensibilisation menée lors de la JNMP : montrer les métiers tels qu’ils sont, avec leurs contraintes et leurs évolutions possibles.
18 000
entreprises de propreté en France — 4e employeur privé du pays
Recrutement, fidélisation : les vrais défis des TPE du nettoyage
Pour un gérant de société de nettoyage avec 5 à 15 salariés, le recrutement et la rétention des agents qualifiés sont des problèmes permanents. Le turn-over dans le secteur dépasse 30 % dans certaines régions. Les raisons sont connues : horaires décalés, déplacements multiples entre chantiers, conditions physiques parfois difficiles, faible rémunération de départ.
La JNMP s’attaque à une partie de ce problème en travaillant sur l’attractivité du secteur auprès des jeunes en recherche d’orientation. Montrer qu’un agent de service peut évoluer vers chef d’équipe, puis responsable de site, puis responsable d’exploitation — avec les formations correspondantes — change la perception des métiers. Une trajectoire professionnelle claire, ça se construit. Et ça se raconte.
| Niveau d’entrée | Poste type | Formation associée |
|---|---|---|
| Sans qualification | Agent de service | CQP Agent de Propreté et d’Hygiène |
| Après 2 ans d’expérience | Chef d’équipe | CQP Chef d’Équipe Propreté |
| Bac / Bac Pro | Responsable de site | BAC PRO Hygiène, Propreté, Stérilisation |
| Bac+2 et plus | Responsable d’exploitation | BTS Métiers des Services à l’Environnement |
L’image des métiers : entre clichés tenaces et réalité technique
Réduire le métier d’agent de propreté à un balai et un seau relève du cliché. Un agent travaillant sur un site industriel ou hospitalier manipule des produits biocides référencés selon le règlement UE 528/2012, applique des protocoles de désinfection validés par des normes EN (EN 1276, EN 13727 pour l’activité bactéricide), et renseigne des fiches de traçabilité. Sur un chantier de décontamination ou en milieu alimentaire, les exigences HACCP s’ajoutent. Ce niveau de technicité mérite d’être visible.
C’est précisément là que la JNMP joue un rôle utile : montrer aux jeunes et aux demandeurs d’emploi que ces métiers demandent une vraie maîtrise technique, pas seulement de la disponibilité. Pour les enjeux du métier en termes de conformité produits et de réglementation, les ressources disponibles permettent d’approfondir la compréhension des obligations qui encadrent le travail quotidien des professionnels.
🎯 Formation et professionnalisation : les leviers concrets
Le dispositif de formation dans le secteur de la propreté
La filière propreté dispose d’un appareil de formation structuré, piloté en grande partie par l’INHNI (Institut National de l’Hygiène et du Nettoyage Industriel) et ses antennes régionales. Les certifications vont du CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) niveau opérateur jusqu’au titre professionnel de responsable de service propreté.
Le plan de développement des compétences d’une entreprise de nettoyage peut financer ces formations via les OPCO de branche (AKTO pour la propreté). Pour une TPE de 5 salariés, mobiliser ce levier permet de former un chef d’équipe sans impacter la trésorerie. Peu de gérants le font systématiquement — c’est pourtant l’un des meilleurs investissements en termes de fidélisation.
✅ À retenir
Les certifications disponibles dans la filière propreté incluent : CQP Agent de Propreté et d’Hygiène, CQP Chef d’Équipe Propreté, BAC PRO Hygiène Propreté Stérilisation (HPS), BTS Métiers des Services à l’Environnement (MSE), et Titre Professionnel Responsable de Service Propreté. Toutes sont éligibles au financement OPCO via AKTO.
La JNMP comme levier de recrutement pour les TPE
Participer à la Journée Nationale des Métiers de la Propreté, c’est aussi une occasion de recrutement direct. Des villes comme Nantes, Lyon ou Bordeaux organisent des forums thématiques le 18 octobre, où des agences d’emploi, des CFA et des entreprises du secteur se retrouvent. Un gérant de TPE qui prend le temps de tenir un stand ou de faire visiter un chantier réel repart rarement sans avoir échangé avec des profils intéressants.
La dynamique fonctionne mieux dans les villes moyennes que dans les grandes métropoles, où la concurrence entre recruteurs est plus forte. À Nantes, la première édition de 2018 avait réuni plusieurs centaines de jeunes et de demandeurs d’emploi en une seule journée — avec un suivi post-événement notable en termes de candidatures reçues par les entreprises participantes.
Hygiène, sécurité et formation continue : une obligation réglementaire
Au-delà de la valorisation symbolique, la formation dans les métiers de la propreté répond à des obligations légales concrètes. La manipulation de produits désinfectants classés en catégorie biocide (TP2 pour les désinfectants de surface, TP4 pour les espaces alimentaires) impose une formation spécifique des opérateurs. Le port des EPI adaptés, la connaissance des fiches de données sécurité (FDS) et le respect des temps de contact ne s’improvisent pas.
Le Code du travail (articles L. 4141-1 et suivants) impose à l’employeur une formation à la sécurité lors de l’embauche et lors de tout changement de poste. Dans les établissements à risque sanitaire élevé — hôpitaux, EHPAD, cuisines professionnelles — cette obligation est renforcée par les exigences des donneurs d’ordre eux-mêmes, souvent formalisées dans le cahier des charges du marché.
⚠️ À garder en tête
Un agent qui manipule des produits biocides sans formation traçable expose son employeur à une mise en cause en cas d’accident. La FDS du produit doit être accessible sur le chantier, et la formation à son utilisation doit figurer dans le registre unique du personnel. Ce n’est pas une recommandation, c’est une obligation.
S’impliquer dans la JNMP : ce que ça change concrètement
Pour les entreprises : visibilité, recrutement, image employeur
Participer à la Journée Nationale des Métiers de la Propreté génère trois bénéfices directs pour une entreprise de nettoyage :
- Une visibilité locale renforcée, notamment si l’événement est relayé par la presse régionale (ce qui arrive fréquemment dans les villes de taille moyenne).
- Un signal fort envoyé aux donneurs d’ordre sur le sérieux et l’engagement de l’entreprise dans la professionnalisation du secteur.
- Un levier de fidélisation interne : les salariés qui participent aux démonstrations ou qui accueillent des visiteurs développent un sentiment d’appartenance plus fort à l’entreprise.
Les retombées ne se mesurent pas toujours immédiatement, mais les entreprises qui participent régulièrement depuis 2018 observent globalement un turn-over légèrement inférieur à la moyenne du secteur dans leurs équipes d’encadrement. La corrélation n’est pas mécanique, mais elle s’explique : valoriser un métier, c’est aussi valoriser ceux qui l’exercent.
Pour les jeunes et les demandeurs d’emploi : une porte d’entrée concrète
Le secteur de la propreté est l’un des rares en France à recruter sans diplôme obligatoire à l’entrée. C’est à la fois une force et un frein à l’image : la filière est accessible, mais perçue comme un emploi de dernier recours plutôt qu’un choix d’orientation.
La JNMP travaille précisément sur ce point. En montrant les parcours de salariés passés d’agent à chef d’équipe en trois ans, en faisant intervenir des responsables d’exploitation qui ont commencé avec un CAP, l’événement construit une narration plus juste du secteur. Les jeunes qui visitent un chantier professionnel équipé d’autolaveuses à conducteur porté ou de systèmes de dosage automatisé repartent avec une perception différente — souvent plus positive — du travail réel.
Contacter la délégation régionale de la FEP avant septembre pour signaler votre participation et être référencé sur la carte des sites ouverts.
Choisir un chantier représentatif (bureaux, site industriel, espace public) et préparer un parcours de visite de 30 à 45 minutes avec un chef d’équipe qui saura expliquer son travail.
Inviter un CFA ou un organisme de formation partenaire à tenir un stand lors de la visite. Les jeunes ont ainsi accès à l’information sur les formations directement sur place.
Informer la mairie, les établissements scolaires proches et l’agence Pôle emploi locale. Un simple mail avec le programme suffit à générer des inscriptions de visiteurs.
Ce que la journée ne résout pas — et ce qu’il reste à faire
Une journée de valorisation, même bien organisée, ne corrige pas les déséquilibres structurels du secteur. Le temps partiel subi reste une réalité pour une majorité d’agents. Les évolutions de carrière, bien que réelles, demandent un investissement personnel et une mobilité géographique que tous ne peuvent pas assumer. La sinistralité — accidents du travail, troubles musculosquelettiques — progresse moins vite que souhaité malgré les efforts des branches.
La JNMP a le mérite de rendre visible ce qui était invisible. Le reste — conditions de travail, niveaux de rémunération, organisation des temps partiels — relève de la négociation collective et des choix managériaux au sein de chaque entreprise. Ce sont deux chantiers distincts. Confondre l’un et l’autre, c’est soit surestimer la portée de l’événement, soit sous-estimer la responsabilité des employeurs.
« Un secteur qui représente 530 000 salariés et 4 % du PIB tertiaire mérite mieux qu’une image de métier alimentaire. La journée nationale est un premier pas. Ce qui suit dépend de chaque entreprise. »
— Synthèse éditoriale, ruedelhygiene.fr
Questions fréquentes
Quelle est la date officielle de la Journée Nationale des Métiers de la Propreté ?
La Journée Nationale des Métiers de la Propreté (JNMP) se tient chaque année le 18 octobre. La première édition a eu lieu en 2018, à l’initiative de la FEP (Fédération des Entreprises de Propreté). Cette date a été choisie pour coïncider avec la rentrée professionnelle d’automne, période propice aux recrutements et aux inscriptions en formation dans le secteur.
Comment une petite entreprise de nettoyage peut-elle participer à la JNMP ?
Une TPE du secteur peut participer en contactant la délégation régionale de la FEP avant septembre pour être référencée sur la carte nationale des sites ouverts. La participation consiste généralement à ouvrir un chantier ou ses locaux à des visiteurs (jeunes, demandeurs d’emploi, étudiants) pour une démonstration de 30 à 45 minutes. L’inscription est gratuite et le kit de communication est fourni par la FEP.
Quelles formations sont accessibles sans diplôme dans les métiers de la propreté ?
Le secteur de la propreté propose plusieurs certifications accessibles sans diplôme initial : le CQP Agent de Propreté et d’Hygiène (niveau opérateur), le CQP Chef d’Équipe Propreté, et le Titre Professionnel Agent de Propreté et d’Hygiène. Ces formations sont finançables via l’OPCO de branche AKTO. Elles permettent une progression vers des postes d’encadrement en 2 à 3 ans d’expérience.
Quelle est la différence entre la FEP et l’INHNI dans le secteur de la propreté ?
La FEP (Fédération des Entreprises de Propreté) est l’organisation patronale qui représente les entreprises du secteur auprès des pouvoirs publics, négocie les conventions collectives et coordonne les événements comme la JNMP. L’INHNI (Institut National de l’Hygiène et du Nettoyage Industriel) est l’organisme de formation de référence de la filière : il conçoit et délivre les certifications professionnelles, du CQP au titre professionnel. Les deux structures sont complémentaires.
Un employeur est-il obligé de former ses agents à l’utilisation des produits biocides ?
Oui. Le Code du travail (articles L. 4141-1 et suivants) impose une formation à la sécurité lors de l’embauche et lors de tout changement de poste impliquant un nouveau risque. Les produits biocides classés selon le règlement UE 528/2012 requièrent une formation spécifique à leur manipulation, au port des EPI adaptés et à la lecture des fiches de données sécurité (FDS). Cette formation doit être traçable dans le registre du personnel.
Combien de salariés travaillent dans le secteur de la propreté en France ?
Le secteur de la propreté emploie environ 530 000 salariés en France, répartis dans plus de 18 000 entreprises. C’est le quatrième employeur privé du pays. La majorité des salariés (environ 80 %) sont des femmes, et près de 60 % des contrats sont à temps partiel. Ces chiffres sont publiés et mis à jour régulièrement par la FEP.